La Banque de France a actualisé début octobre sa statistique mensuelle des défaillances d’entreprises : à fin août 2026, le cumul sur douze mois atteint 70 766 procédures, un niveau élevé mais désormais stable. Pour un dirigeant ou un DAF, ces chiffres ne sont pas qu’un indicateur macro : ils doivent nourrir la surveillance du poste clients.
Plan de l'article
Ce que disent les chiffres de la Banque de France #
Selon la publication de la Banque de France arrêtée à fin août 2026, mise à jour le 12 octobre, le nombre de défaillances cumulé sur douze mois s’établit à 70 766, contre 67 524 un an plus tôt, soit une progression de 4,8 %. L’institution titre pourtant sur une stabilité : le rythme ne s’emballe plus d’un mois sur l’autre.
La comparaison historique reste parlante. Ce cumul dépasse de 19,3 % la moyenne observée entre 2010 et 2019, qui s’établissait à 59 342 procédures par an. La conjoncture dégradée et les chocs successifs qui ont fragilisé la trésorerie de certaines entreprises expliquent, selon la Banque de France, ce niveau durablement haut.
Les petites structures encaissent le plus #
Le détail par taille, publié dans la même note, montre une mécanique inégale. Les très petites entreprises enregistrent 3 498 défaillances sur douze mois (+8,5 % sur un an), les petites entreprises 1 578 (+11,5 %) et les moyennes entreprises 524 (+14,2 %). Les microentreprises, de loin les plus nombreuses, totalisent 65 107 procédures, en hausse plus contenue de 4,4 %.
Un chiffre relativise l’ensemble : la population d’entreprises continue de croître. La note cite plus de 1,2 million de créations d’entreprises sur douze mois à fin août 2026, en progression de 11,4 % sur un an. Plus d’entreprises, c’est mécaniquement plus de procédures possibles — mais aussi plus de nouveaux clients à évaluer.
Des écarts nets selon les secteurs #
La lecture sectorielle de la même publication nuance le constat de stabilité. Trois secteurs affichent une hausse à deux chiffres sur un an : l’agriculture, la sylviculture et la pêche passent de 1 584 à 1 795 défaillances (+13,3 %), l’enseignement, la santé, l’action sociale et les services aux ménages de 6 438 à 7 280 (+13,1 %), et les activités financières et d’assurance de 1 605 à 1 769 (+10,2 %).
L’hébergement et la restauration, secteur traditionnellement fragile, progresse de 8,5 % pour atteindre 9 796 procédures. À l’inverse, la construction est le seul grand secteur en recul : 14 354 défaillances à fin août, contre 14 704 un an plus tôt (−2,4 %).
Pour un fournisseur, ces écarts comptent davantage que la moyenne nationale. Une entreprise dont le portefeuille clients penche vers la restauration ou les services aux ménages ne court pas le même risque qu’une autre surtout exposée au bâtiment. Pondérer son encours par secteur est la première façon de traduire la statistique en décision.
Pourquoi votre trésorerie est concernée #
Une défaillance ne frappe jamais seule. Quand un client dépose le bilan, ses factures impayées se transforment en perte sèche chez ses fournisseurs, et l’effet domino alimente les procédures suivantes. Avec un niveau de défaillances supérieur de près de 20 % à la décennie 2010-2019, la probabilité qu’un de vos clients soit touché n’a jamais été aussi tangible depuis des années.
Le bon réflexe consiste à croiser ces statistiques nationales avec vos propres données : balance âgée, délai moyen de règlement par client, concentration du chiffre d’affaires. Un client qui glisse de 30 à 60 jours de paiement reproduit, à son échelle, la trajectoire que décrivent les séries de la Banque de France.
Trois outils pour transformer la statistique en alerte #
La balance âgée hebdomadaire
Sortie chaque semaine plutôt que chaque mois, elle révèle les glissements de délais avant qu’ils ne deviennent des impayés. C’est l’outil le moins cher et le plus rentable du poste clients.
Le scoring de vos principaux comptes
Les données publiques — comptes déposés, incidents de paiement, procédures en cours — permettent de noter ses dix plus gros clients. La série mensuelle des défaillances publiée par l’Insee aide à situer le risque sectoriel de chacun.
Le plafond d’encours par client
Fixer un encours maximal autorisé, revu chaque trimestre, évite qu’un seul défaut emporte plusieurs mois de marge. La règle vaut surtout pour les PME dont trois clients pèsent plus de la moitié du chiffre d’affaires.
Questions fréquentes #
Les défaillances baissent-elles en 2026 ?
Non, elles ne baissent pas encore : le cumul sur douze mois progresse de 4,8 % à fin août 2026. En revanche, la Banque de France constate que le niveau se stabilise d’un mois sur l’autre.
Quelles entreprises sont les plus touchées ?
En rythme de progression, les moyennes entreprises (+14,2 % sur un an) et les petites entreprises (+11,5 %) sont les plus exposées, d’après le détail par taille publié par la Banque de France.
Comment protéger sa trésorerie face à ce risque ?
En surveillant la balance âgée chaque semaine, en notant la santé financière de ses principaux clients et en plafonnant l’encours accordé à chacun. L’assurance-crédit peut compléter le dispositif pour les encours les plus lourds.

